Réponses :

1. Dian Fossey

2. George Adamson

3. Wayne Lotter

4. Esmond Bradley Martin

 

Selon l’ONG Global Witness, 207 défenseurs de l’environnement ont été assassinés en 2017 (source : https://www.nationalgeographic.com/environment/2018/07/environmental-defenders-death-report/). L’énigme 2019 de Remue-méninges présentait quatre naturalistes assassinés, sous la forme de la fameuse comptine des dix petits nègres d’Agatha Christie.

Dans chaque couplet de la comptine, une série d’indices indiquait l’animal que ces naturalistes ont étudié et tenté de défendre :

-          Le singe : monnaie [de singe], planète [des singes], malin [comme un singe]

-          Le lion : le roi [des animaux], cœur [de lion], part [du lion], mangea [du lion]

-          L’éléphant : mémoire [d’éléphant], cimetière [des éléphants]

-          Le rhinocéros, menacé à cause de sa corne : [corne d’] abondance, attraper le taureau [par les cornes]

 

1. Le premier « petit soldat » était Dian Fossey (1932-1985), l’une des premières primatologues et membres du groupes des « trimates » avec Jane Goodall, spécialiste des chimpanzés, et Bituté Galdikas (spécialiste des orang-outans).

Dian n’a pas connu une enfance heureuse : ses parents divorcent alors qu’elle a 6 ans et son beau-père ne lui accorde que peu d’attention. L’enfant reporte alors son affection sur les animaux, et notamment les chevaux. Contre l’avis de son beau-père, qui voulait qu’elle étudie la finance, elle s’inscrit à 19 ans dans un cursus de Biologie à l’Université de Californie à Davis. Mais les sciences fondamentales, et notamment la chimie ou la physique, l’intéressent peu et Dian change de cursus et s’inscrit dans un cours de Thérapie occupationnelle au San Jose State College. Elle obtient son diplôme en 1954. En 1955, elle accepte un poste de thérapeute auprès d’enfants autistes au Kosair Crippled Children’s Hospital de Louisville au Kentucky. Pourquoi le Kentucky ? Parce que c’est la patrie des chevaux et parce que Dian passe également beaucoup de temps à pratiquer l’équitation.

En Septembre 1963, elle emprunte 8000 dollars (l’équivalent d’un an de salaire) et part en Afrique. Elle y restera 7 semaines et visitera la Tanzanie, la République du Congo, la Rhodésie. Pendant ce voyage, elle rencontre deux couples qui seront déterminants pour son orientation future : Louis et Mary Leakey, deux anthropologues, et Joan et Alan Root, deux photographes animaliers. C’est avec ces derniers qu’elle fait sa première rencontre avec les gorilles des montagnes.

Faute de subsides, Dian doit rentrer aux Etats-Unis, mais, encouragée par Louis Leakey qui vient lui rendre visite à Louisville, elle étudie la primatologie et le Swahili. Grâce à une bourse de la National Geographic Society, elle repart en Afrique en décembre 1966. Elle pense d’abord s’installer au Congo mais les troubles politiques, et notamment la rébellion qui portera au pouvoir Joseph-Désiré Mobutu, la font s’installer au Ruanda voisin, dans les monts Virungas. Le 24 septembre 1967, elle fonde le Karisoke Research Center, en pleine jungle, à près de 3000 m d’altitude, entre les volcans Karisimbi et Bisoke (d’où le nom Karisoke). Elle va bientôt devenir pour les populations locales Nyirmachabelli, la femme qui vit seule dans les montagnes (« seule dans la montagne »). Il lui faudra du temps pour approcher les gorilles de ces montagnes. Pour cela, les méthodes apprises auprès des enfants autistes du Kosair Hospital lui seront utiles. Le résultat est spectaculaire : Dian devient l’intime des groupes de gorilles, les approche jusqu’à les toucher et jusqu’à cette photo qui fera le tour du monde, montrant un gorille caressant les cheveux de Dian dans un geste d’une étonnante tendresse (« près des géants doux »). Pendant 20 ans, elle recueillera quantité d’informations scientifiques sur leur sociologie, leur hiérarchie et leurs habitudes de vie. Sa notoriété (elle fait la couverture du National Geographic en janvier 1970) lui permet d’alerter l’opinion publique sur la menace d’extinction que le braconnage fait peser sur ces doux géants. Son livre Gorilles dans la brume (« elle se perdit dans le brouillard »), publié en 1983, la rendra célèbre dans le monde entier. La vie à Karisoké est cependant exigeante. Beaucoup d’assistants de recherche ou de cuisiniers ne supportent pas les dures conditions de vie et le caractère entier de Dian qui ne sait transiger sur rien. Surtout après la mort en 1977 de Digit, son gorille favori, retrouvé décapité, la lutte de Dian contre le braconnage devient implacable : elle traque les braconniers, les fait battre, brûle leurs maisons… son travail scientifique passe au second plan. Elle combat aussi, paradoxalement, nombre d’organisations de protection de la nature qui veulent développer le tourisme dans la région pour éveiller les consciences en Occident et lutter contre la pauvreté et la corruption locales. Mais Dian s’y oppose, objectant que les touristes vont apporter avec eux des maladies (comme la grippe) contre lesquelles les gorilles ne sont pas immunisés… On menace de lui retirer la direction de Karisoke. Elle résiste. Sa santé décline. Ses crises de colères sont mémorables. On l’accuse d’être instable et raciste envers la population locale ; de préférer la compagnie des gorilles à celles des humains. Ce dernier point n’est probablement pas faux…

Le matin du 27 décembre 1985, Dian est retrouvée assassiné dans sa cabane de Karisoké. L’assassin a découpé un trou dans le fond de la hutte pour rentrer. Il y a des traces de lutte. Dian a eu le temps de sortir son revolver, sans pouvoir s’en servir. Aucun de ses biens n’a été volé. Ce meurtre ne sera jamais élucidé.

La dernière phrase du journal de Dian est la suivante : « Quand vous réalisez la valeur de toute vie, vous vous attardez moins sur le passé et vous vous concentrez plus sur la préservation du futur ».

 

2. Le second « petit soldat » était George Adamson (1906-1989). Né en Inde, le jeune George accompagne sa famille au Kenya en 1924. Peu enclin à travailler dans la plantation de café de son père, il fait toutes sortes de petits boulots : chercheur d’or, vendeur de bétail, guide de chasse pour safaris. Il trouve finalement sa voie à 32 ans en intégrant le Kenya’s Game Department (Office de la Faune du Kenya) et devient le gardien de la faune du Northern Frontier District. Il épouse Joy quatre ans plus tard.

En février 1956, les Adamson recueillent 3 lionceaux. Ils en donnent deux à des zoos mais gardent la plus petite, qu’ils appellent Elsa (« il recueillit la reine à la chevelure fauve »). Cette lionne va changer leur vie. Au bout de 3 ans, il devient en effet évident qu’ils ne peuvent plus la garder. Les Adamson décident alors de lui apprendre à chasser et de la rendre à la vie sauvage. Cette expérience, qui n’avait alors jamais été tentée, sera un succès. Elsa gardera cependant de l’affection pour ses anciens maîtres, les reconnaissant quand ils viennent lui rendre visite en brousse. Elsa mourra d’une infection parasitaire, sa tête sur les genoux de George. La vie d’Elsa sera popularisée par un livre, Vivre libre, publié en 1960 et qui deviendra vite un best-seller. Son adaptation cinématographique en 1966 remportera deux Academy Awards et sera nominé pour trois Golden Globe Awards.

En avril 1961, George prend sa retraite et consacre le reste de sa vie à la conservation des lions (« l’un d’eux partit protéger le roi »). Il devient Baba ya Simba (Père des lions). En 1969, il rend à la vie sauvage un autre lion, Christian, confié par un couple d’Australiens qui l’avaient acquis petit chez Harrods…

George est mort en août 1989, assassiné au Kenya (« il disparut au sommet de l’autruche ») par des braconniers somalis alors qu’il tentait de venir en aide à son assistant et à un jeune touriste européen.

 

3. Le troisième « petit soldat » était Wayne Lotter (1965-2017), ranger sud-africain qui a consacré sa vie à la préservation des éléphants et à la traque des braconniers en Tanzanie. En 2009, il crée, avec Krissie Clark et Ally Namangaya une fondation de protection de la nature, la Protected Area Management Solutions (PAMS). Celle-ci œuvre à la formation des garde-chasse et organise des campagnes d’éducation à la préservation des éléphants. Wayne Lotter participe aussi à l’arrestation de deux gros trafiquants d’ivoire : Boniface Matthew Maliango, dit le Diable (« l’un joua aux échecs avec le diable ») et la chinoise Yang Feng Glan, surnommée la reine de l’ivoire (« et lui prit sa reine orientale »), condamnés respectivement à 12 et 15 ans de prison en 2017 et 2019. Mais Wayne Lotter connaît les risques de cette lutte implacable. Dans la nuit du 16 au 17 août 2017, un véhicule vient barrer la route du taxi qui le mène de l’aéroport à son hôtel de Masaki, un quartier huppé de Dar-Es-Salaam.  Trois hommes sortent,ouvrent la porte arrière du taxi et tirent à bout portant sur le défenseur des éléphants, avant de prendre la fuite (« Il partit au cimetière en taxi »).

 

4. Le quatrième et dernier « petit soldat » était Esmond Bradley Martin (1941-2018). Rien ne prédisposait le petit Esmond Jr à la carrière qui fut la sienne. Son père, Esmond Bradley Martin Sr était le petit-fils du magnat de l’acier du XIXème siècle Henry Phipps, ami et partenaire d’affaire du philantrope Andrew Carnegie. Esmond Sr avait fait fortune dans le pétrole. Il était, dans les années trente, un joueur de tennis réputé et quasi-professionnel. Il était aussi un brillant joueur d’échecs puisqu’il avait été sélectionné, pour un tournoi international, comme doublure de Samuel Reshevsky, l’un des grands maîtres les plus en vue des années 40 et 50. Esmond Sr était aussi un grand pêcheur (recordman du monde 1939 de pêche à la mouche du saumon atlantique) et amateur de parties de chasse. Avec une telle ascendance, Esmond Jr aurait pu, lui aussi, faire une carrière de playboy et occuper ses loisirs chasser en Afrique. Il choisit la voie opposée…

En 1964, il est diplômé en Géographie à l’Université d’Arizona et obtient un Ph.D. en Philosophie à l’Université de Liverpool. Il s’installe au Kenya avec sa femme Chryssee et y produit d’abord une série d’ouvrage académiques sur l’histoire des ports, le commerce et la culture des mers arabiques. Sa carrière de militant de la cause animale débutera en 1979, quand le World Wildlife Fund le contacte pour travailler sur le commerce de l’ivoire. Il s’en suivra de nombreux livres et rapports dont Run, Rhino, run puis Rhino Exploitation publiés respectivement en 1982 et 1983. Ces deux ouvrages seront un tournant qui orienteront Esmond Jr vers la lutte contre le commerce de cornes de rhinocéros.

Sa stratégie est novatrice. Pour lui, la traque des braconniers ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est s’attaquer aux débouchés du trafic. Pour cela, il n’hésite pas à se faire passer pour un acheteur et à remonter les filières (« un petit soldat partit faire son marché ; il prit sa place dans le trafic »). « Les seules personnes qui ont les informations que je veux sont les marchands. Je multiplie les efforts pour les rencontrer et créer des liens avec eux. J’ai été attaqué parce que je passe du temps avec des escrocs, mais de quelle autre source pourrais-je tirer des renseignements ? » écrira-t-il.

Pendant 30 ans, aux côtés de Lucy Vigne (« avec l’arbre à raisins ») et Daniel Stiles de l’association Save the Elephants, il documentera inlassablement les canaux du trafic de l’ivoire et de la corne de rhinocéros. Envoyé spécial des Nations Unies (« Unies, les nations le soutenaient »), il obtiendra des succès diplomatiques importants puisqu’il arrivera à persuader la Chine, grande plaque tournante du commerce de l’ivoire, de cesser son commerce légal de corne de rhinocéros en 1993 et d’ivoire en 2017 (« … pour persuader l’empire de l’Est »). Mais à peine le marché chinois se ferme-t-il que le trafic se déplace au Vietnam puis au Laos et en Birmanie (« Hélas, tout recommença plus au Sud »). En 2018, Esmond Bradley Martin Jr vient de terminer un rapport sur le trafic en Birmanie et un autre sur des malversations dans le management du Parc National de Nairobi quand il est assassiné le 5 février 2018, dans sa maison de la banlieue de Nairobi.

 

Les noms des quatre petits soldats étaient donc, dans l’ordre, Dian Fossey, George Adamson, Wayne Lotter et Esmond Bradley Martin.

 

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